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Mauritanie : Affaire Ould M’Kaitir – laquelle des justices choisir ? –

beheit_salem_mohamedL’alarmante complexité de la situation actuelle de notre pays, conduit les plus lucides d’entre nous de se poser les questions légitimes de savoir, dans quelle forme d’Etat sommes-nous et quelle valeur nos législateurs y accordent-ils aux lois qu’ils nous confectionnent ??

Quels sont nos devoirs et nos droits, notamment à la différence, à la pensée contradictoire et à l’exercice des libertés individuelles et collectives. Que signifient pour nous les institutions, le droit et la force publique ??

Quelle est notre interprétation de la démocratie, du droit international et des conventions et traités auxquels nous adhérons et notre disposition d’accepter, par leurs effets induits, la limitation de la portée pratique de notre droit national et même de l’exercice de notre souveraineté ??

Que signifient pour nous les obligations qui sont les nôtres et qui découlent de nos engagements internationaux, de l’interdépendance universelle et de la recherche permanente de la paix et de la concorde ??

Des questions, entre autres, qui resteront longtemps encore sans réponses si ce n’est celles apportées par les manifestants obscurantistes, qui semblent ramener toute la vie du pays à leur manière d’interpréter la religion et de traduire en contenus de crimes politiques et confessionnels le moindre manquement à leur théorie sur le sujet.

Ces questions qui ont refait surface à l’occasion des résultats des islamistes lors des dernières élections législatives, traduisent la profondeur de la crise existentielle de notre société et renvoient au système en gestation dans notre pays, où l’inquisition et le bûcher seront désormais les seules réponses à la témérité des récalcitrants à l’ordre de la pensée unique.

Pour en arriver à l’affaire du jeune Mohamed Cheikh Ould’Khaitir, il est vrai que l’islam est la religion des mauritaniens et que le prophète Mohamed PSL constitue aux yeux de ce dernier et à ceux de tous les musulmans de la terre un symbole qu’il convient de respecter pour affirmer l’attachement des hommes et des religions aux vertus de l’œcuménisme et de la tolérance.

Il est tout aussi vrai que le jeune Mohamed Cheikh, considéré comme un hérétique auquel la porte de la repentance semble être fermée par les fous de Dieu, a outrepassé les limites de la liberté d’expression, ne serait-ce qu’en piétinant le droit des autres à entretenir un idéal d’autant plus sensible qu’il est lié à la structure même de la pensée islamique.

Mais la mort par pendaison publique sans autre forme de procès, réclamée à l’encontre du jeune forgeron par les manifestants, est un antécédent dangereux en ce sens qu’il procède du jugement populaire qui prend sa source dans les fatwas anonymes de ces législateurs canoniques qui s’arrogent, au nom de l’islam comme s’ils en étaient les dépositaires de la volonté, le droit d’excommunier et de châtier les contrevenants.

Dans un Etat normal, l’affaire Ould M’Khaitir est du ressort de la justice. Il revient désormais au seul parquet et, au besoin aidé en cela par un juge d’instruction, d’interpréter les faits et de classer le dossier sans suite ou assimiler l’accusation à la contravention, au délit ou au crime avant de demander, au nom, de la loi, les peines et/ou les amendes applicables à son encontre.

Il est, par ailleurs, entendu que dans son déroulement et en vertu de la présomption d’innocence, cette action publique n’établit la culpabilité du prévenu que si ses conclusions sont totalement ou partiellement confirmées par une juridiction compétente sur la base d’éléments à charge pouvant résister aux contre expertises des avocats de la défense et aux recours en appel.

Ceci étant, je reste personnellement incapable de me prononcer sur le fond du dossier Mohamed Cheikh, tout comme le sont d’ailleurs les manifestants et le commerçant qui a impunément mis sa tête à pris, mais je sais par contre que, compte tenu des spécificités de la société mauritanienne, la solution de ce problème ne viendra ni de la rue, ni de l’incitation des extrémismes par les prêches du vendredi et encore moins par ce qu’on veut présenter comme la colère d’un peuple mais qui n’est en fait que la désapprobation de l’acte de Ould M’Khaitir par la seule composante maure du peuple.

De là apparaît l’urgence de laisser à la loi le champ d’action qui est le sien et de réprimer chez certains orateurs la volonté de se substituer à la justice et celle de jeter en pâture aux foules déchaînées des personnes qui, même coupables, ont droit à un traitement conforme à nos loi et à nos engagement internationaux en la matière.

Seulement il arrive qu’un vide juridique, classant l’action sur l’échelle de la culpabilité et définissant les peines prévues à son encontre, soit constaté auquel cas, la jurisprudence s’impose en attendant que le législateur comble le déficit par une loi appropriée.

M.S.beheite

 

Mohamed Saleck

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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