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Djibouti-Éthiopie-Kenya : les enjeux de la tournée d’Emmanuel Macron

 Pour la première fois depuis son élection et après plusieurs déplacements en Afrique de l’Ouest, Emmanuel Macron effectue une tournée à l’est du continent. Dans une région en plein bouleversement depuis l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed et où l’influence chinoise ne cesse de croître, le président français entend miser sur la coopération sécuritaire, économique et culturelle. 

C’est une tournée inédite qui attend le président français Emmanuel Macron, qui effectue pour la première fois une visite de quatre jours en Afrique de l’Est, partant de Djibouti pour rejoindre ensuite l’Éthiopie et le Kenya.

Une visite qui s’inscrit quelques jours après le crash d’un avion Ethiopian Airlines, qui a fait 157 morts le 10 mars, à la suite duquel le chef de l’État a présenté ses « sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes », sans remettre en cause son déplacement.

Après un départ pour Djibouti le 11 mars, le président français débutera dès le lendemain matin une visite express d’une demi-journée par un entretien avec le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, avant de se rendre sur la plus importante base militaire française du continent afin d’y rencontrer les soldats présents sur place.

Un déplacement chez un partenaire « historique » de la France, qui aura aussi une « dimension stratégique », assure-t-on à l’Élysée, tant du fait de la présence de grandes puissances – chinoises et américaines, pour ne citer qu’elles – qu’en raison du vent de changement qui souffle actuellement dans la Corne de l’Afrique et implique directement les voisins de Djibouti.

Macron face au grand jeu régional

« Il y a un questionnement du côté djiboutien sur la place qu’ils peuvent occuper dans la recomposition régionale en cours et c’est sur cela que va se concentrer le dialogue avec le président » Ismaïl Omar Guelleh », explique-t-on à l’Élysée.

Aucun volet économique n’est prévu pour cette étape mais le déplacement aura un fort accent sécuritaire, d’autant que Djibouti n’est pas en position de force à l’heure où le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed renforce ses relations avec l’Érythrée et la Somalie, deux voisins avec lesquels Djibouti entretient des relations délicates depuis plusieurs années.

Fin février, une délégation de parlementaires français emmenés par la présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Marielle de Sarnez, s’est rendu à Asmara, où elle a notamment rencontré le ministre des Affaires étrangères Osman Saleh. Du côté de l’Élysée, si l’on salue les efforts éthiopiens dans la médiation régionale et le rapprochement avec l’Érythrée qui provoque, dit-on, « une redistribution des cartes », on se dit néanmoins « prudents » dans l’approche de potentielles relations avec l’Érythrée. Le sujet sera mis sur la table lors de la rencontre avec Abiy Ahmed.

La levée des sanctions qui pesaient sur l’Érythrée a été voté mi-novembre sans que le conflit territorial avec Djibouti ne soit résolu. « Les autorités djiboutiennes attendent de nous que nous restions actifs sur les développements en cours », explique-t-on à l’Élysée.

Cette dimension stratégique du voyage d’Emmanuel Macron se reflète par ailleurs dans la composition de sa délégation, puisque la ministre de la Défense Florence Parly ainsi que le président de la commission défense nationale de l’Assemblée nationale, Jean-Jacques Bridey, en feront partie.

Le volet sécuritaire sera également au centre des discussions entre Emmanuel Macron et son homologue kényan Uhuru Kenyatta. Lors de son passage à Paris en 2016, le président kényan s’était rendu dans les locaux de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) et le partenariat « reste actif », tout comme celui concernant la formation des contingents kényans, ougandais et burundais de l’Amisom, la mission de l’Union africaine en Somalie.

En Éthiopie, un accord de coopération en matière de défense, négocié depuis la visite en octobre, sera signé. Les discussions porteront également autour du projet de relance d’une marine éthiopienne.

Une étape éthiopienne axée sur la culture

Le président français débutera son étape éthiopienne sur le site historique de Lalibela, dans le nord du pays, avec une « visite conjointe » en compagnie du Premier ministre éthiopien. Inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco en 1978, ces célèbres églises creusées dans la roche subissent aujourd’hui les fortes pluies qui fragilisent certaines parties de ces lieux de culte emblématiques.

Lors de la visite d’Abiy Ahmed à Paris fin octobre, Emmanuel Macron avait insisté sur la volonté française de contribuer aux efforts de préservation du patrimoine archéologique et culturel éthiopien. Par ailleurs, plusieurs œuvres d’art éthiopiennes – notamment conservées au musée du quai Branly à Paris – figurent dans le rapport Savoy-Sarr sur la restitution du patrimoine africain. Mais selon l’Élysée, l’Éthiopie n’ayant pas encore déposé une demande de restitution, la question ne devrait pas être abordée pendant le voyage.

La restauration du palais présidentiel fait en revanche partie des projets de conservation dans lesquels l’Élysée dit vouloir s’investir. C’est dans ce palais qu’Emmanuel Macron dînera le 12 mars au soir, en compagnie du Premier ministre et de la présidente Sahle-Work Zewde, par ailleurs parfaitement francophone puisqu’elle a étudié au lycée français d’Addis-Abeba et été ambassadrice d’Éthiopie dans trois capitales francophones : Paris, Dakar et Djibouti.

L’étape éthiopienne s’achèvera le lendemain au siège de l’Union africaine (UA) par une rencontre avec Moussa Faki Mahamat et certains des commissaires de l’UA, dont Smaïl Chergui, en charge du volet paix et sécurité. Un échange au cours duquel sera abordé la présidence française du G7, qui se tiendra en août.

Les patrons français à l’affût

Au-delà de la dimension sécuritaire de ce voyage, Paris se sait attendu sur le versant économique dans une région où l’influence chinoise est omniprésente. Emmanuel Macron cherchera à se positionner par rapport à l’offre de Pékin dans la région, à quelques semaines d’une visite de Xi Jinping à Paris.

Si aucun patron n’est attendu pour l’étape de Djibouti, deux délégations différentes de chefs d’entreprises se déplaceront en Éthiopie et au Kenya. Du côté d’Addis-Abeba, le président français sera notamment accompagné de Stéphane Richard, PDG d’Orange, intéressé par l’ouverture du capital d’Ethio Telecom. Seront également présents Maxime Saada, à la tête du groupe Canal +, ou encore Thierry Déau, président de Meridiam. Du côté de Nairobi, la patronne d’Engie, Isabelle Kocher, et le PDG d’EDF, Jean-Bernard Levy, sont notamment attendus.

En marge des discussions économiques, Emmanuel Macron, qui coorganise avec le président Uhuru Kenyatta le One Planet Summit de Nairobi le 14 mars, profitera de l’événement pour s’entretenir pour la première fois avec le nouveau président congolais Félix Tshisekedi, ainsi qu’avec son homologue malgache Andry Rajoelina. Le nom de Paul Kagame circule en coulisse pour venir compléter l’assemblée mais la venue du président rwandais est pris par la retraite gouvernementale en début de semaine.

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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