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SENEGAL : REBELLION ENCASAMANCE/Edmond Borra remplace Abdou Elinkine Diatta

Trois (3) mois après l’assassinat du chef rebelle Abdou Elinkine Diatta, le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (Mfdc) s’est trouvé un nouveau chef. Il s’appelle Edmond Borra, c’est lui qui  a désormais la lourde charge de diriger le bureau national du mouvement indépendantiste. Edmond Borra n’est pas étranger au Mfdc. Il a été par le passé adjoint de l’Abbé Diamacoune Senghor.

Il avait  intégré le Mfdc, en 1961. Il est toujours resté aux côtés de l’Abbé Diamacoune Senghor jusqu’au moment de l’éclatement du conflit. C’est lui qui a entrainé l’Abbé Diamacoune Senghor, ancien secrétaire général du Mfdc, puis président d’honneur de ce mouvement dans le maquis avant qu’il n’aille à Bissau, à l’occasion des signatures d’accords avec le gouvernement sénégalais.  Après la signature de ces accords Diamacoune avait été mis en résidence surveillée aux œuvres catholiques à Ziguinchor jusqu’à sa mort suite à une maladie qui l’a terrassé.

Après le décès de Diamacoune Senghor en France, c’est Edmond Borra qui a désigné Abdou Elinkine Diatta pour lui succéder et conduire les affaires à la tête du bureau national du Mfdc.

Le conflit en Casamance constitue l’un des épisodes marquants de l’histoire du Sénégal indépendant, touchant également le pays limitrophe, la Guinée Bissau.

À partir du début des années 1980 et jusqu’en 2005,  après le cessez-le-feu, il a opposé les forces rebelles indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC), dirigé par l’Abbé Diamacoune Senghor et les forces gouvernementales, causant la mort de plusieurs centaines de personnes pendant les affrontements, sans parler des nombreuses victimes de mines antipersonnel . En 2009, les accrochages ponctuels  se sont produits entre l’armée sénégalaise et  les« rebelles », mais également entre groupes rivaux.

La Casamance,  l’une des régions les plus prospères du pays, a été profondément meurtrie par ces violences. Elle travaille aujourd’hui à sa reconstruction et à la restauration de son image, notamment en tant que destination touristique.

 Retour sur les origines du Conflit.

Au lendemain de l’indépendance du Sénégal, les Casamançais – ou du moins une fraction d’entre eux- avaient rêvé de leur propre autonomie. Le premier  président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor leur avait laissé espérer une telle possibilité au bout de quelques années.

Les habitants de cette région, pour la plupart  d’origine diola et le plus souvent animistes, se caractérisent par une identité forte et une grande détermination. Avant l’indépendance ils s’étaient opposés à la soumission et avaient rejeté l’esclavage, tant européen qu’africain. Ils s’étaient rebellés contre les tentatives de la mainmise de l’administration coloniale française.

Par ailleurs , l’enclavement de la  Gambie dans le territoire national du Sénégal leur faisait ressentir avec acuité une position marginale. Isolés, ils se sentaient négligés, discriminés par les autres populations avec qui elles n’avaient jamais partagé de véritables liens

Enfin, plus arrosée, plus luxuriante que les zones soumises au climat sahélien, la Casamance bénéficiait de terres fertiles, de ressources propres en particulier  la riziculture  et ils  considéraient leur région  comme le « grenier » du Sénégal. En outre le tourisme s’y développait déjà avec succès. Les indépendantistes avaient également le sentiment qu’ils ne bénéficiaient pas suffisamment de la richesse de leur région et que les “nordistes” de Dakar, la capitale, tiraient l’essentiel des bénéfices des produits de la région.

L’indépendance promise tardait à se concrétiser. La résistance s’organisa alors. Le premier incident grave qui s’est produit  en 1982 a  mit le feu aux poudres en déclenchant un conflit qui allait éprouver la région pendant plus de  vingt années.

Quelques repères chronologiques des événements en Casamance.

  • Le 26 décembre 1982, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance, mouvement séparatiste organise une marche pacifique à Ziguinchor vers la Gouvernance. Les manifestants décident alors à leur arrivée de descendre le drapeau sénégalais hissé chez le gouverneur sénégalais en Casamance pour le remplacer par leur drapeau. L’État du Sénégal considérant l’acte comme séditieux ordonne aux forces de l’ordre d’intervenir. La marche fut alors réprimée dans le sang et les forces de l’ordre procédèrent à plusieurs arrestations, dont celle du dirigeant indépendantiste, l’abbé Diamacoune Senghor. C’est ainsi que le MFDC décida de rejoindre le maquis avec un armement rustique constitué de coupe-coupe et de fusils de chasse parfois de fabrication artisanale.
  • Entre 1982 et 1990, l’État du Sénégal va procéder à une chasse aux rebelles et l’armée sénégalaise procéda à plusieurs exactions contre les membres supposés du mouvement. Les regroupements de foule à caractère culturel ont parfois été interdits et diabolisés comme des rites de passage de la rébellion. Ce qui va exacerber la crise qui est nettement liée à l’identité.
  • En juillet et en août 1990, des affrontements sérieux ont lieu entre l’armée et les séparatistes.
  • Le 31 mai 1991, un accord de cessez-le-feu intervient entre le gouvernement sénégalais et les séparatistes du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance.
  • En 1995, de nouveaux troubles éclatent.
  • Le 6 avril 1995, quatre touristes français disparaissent en Casamance et chaque partie rejette la responsabilité sur l’autre.
  • En octobre 1995, l’armée lance une offensive en Basse-Casamance.
  • Le 8 janvier 1996 s’ouvrent les premiers pourparlers de paix entre les indépendantistes et des représentants de la Commission nationale pour la paix.
  • Le 26 décembre 1999, lors des négociations de paix de Banjul, un autre accord de cessez-le-feu est signé entre le gouvernement sénégalais et le MFDC.
  • Le 30 novembre 2000, une première rencontre entre le gouvernement et le MFDC est programmée pour le 16 décembre à Ziguinchor.
  • Le 24 mars 2001, le gouvernement et les rebelles se rencontrent pour « finaliser » l’accord de paix signé le 16 mars.
  • Le 30 décembre 2004, un nouveau cessez-le-feu est signé entre le Ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom  et Diamacoune Senghor et une période relativement calme s’instaure, troublée par quelques attaques sporadiques.
  • Les problèmes de santé du dirigeant encouragent des luttes de pouvoir et des affrontements sanglants éclatent à nouveau en avril 2006.
  • Sidhi Badji, secrétaire général du MFDC, meurt en 2003. Les négociations pour la paix se poursuivent.
  • L’abbé Diamacoune Senghor meurt à Paris le 17 janvier 2007.
  • En mai 2007, des rivalités opposent toujours plusieurs factions du MFDC qui ont gardé le maquis, certains s’étant réfugiés en Gambie.
  • Le 2 octobre 2009, six militaires sont tués dans une embuscade près de la frontière avec la Guinée-Bissau.

Depuis 2005, différents accords de cessez-le-feu ont été tentés mais la région enregistre régulièrement de nouvelles violences liées entre autres, au trafic de drogue et des produits forestiers précieux comme le bois de teck. En janvier 2018 par exemple, 14 bûcherons ont été tués dans une forêt  du département de Zinguinchor.

Mohamed Chighali

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Publié par sur fév 11 2013. Archivé sous Evènement, Faits divers. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse ou un trackback sur cet article

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