
La Mauritanie, Al-Qa?da et les Autres
Date: 12 January 2008 à 14:20:58 CET Sujet: National
La Mauritanie, Al-Qa?da et les Autres?
Par:
Mohamed Saleck Ould Brahim???
La trenti?me ?dition 2008 du c?l?bre rallye
Dakar vient d??tre annul?e. Une premi?re! ?Il semblerai que des risques
particuli?rement ?lev?s li?s ? des menaces "terroristes" directes et indirectes,
prof?r?es ? l?encontre de la course internationale motoris?e, ont ?t?? derri?re
la grande d?cision. "La prudence commandait de tenir le plus grand compte
des risques" a d?clar? M. Kouchner.
?Au fil du temps, cet ?v?nement sportif majeur qui
a ?t? ?lev?, dans les pays de passage, au rang de "tradition nationale",
a toujours g?n?r? des retomb?es b?n?fiques multiples ?conomiques, culturelles et
politiques au profit de ces pays, malgr? la multiplication des accidents et le
nombre croissant de victimes renvers?es par des engins roulants qui a soulev?
bien des protestations et des demandes d'indemnisation, qui ont rarement
abouti.?L'?conomie autour du rallye Dakar est colossale. Avec un budget propre
qui s'?l?ve ? plus de 15 millions d'euros hors recettes t?l?vision, les
organisateurs de la course et tous leurs prestataires vont ?tre durement
touch?s.
Alors que la bruyante caravane est devenue un
indicateur principal de stabilit? politique pour les pays travers?s, chaque
ann?e, le trac? du parcours de la course ob?it autant ? des crit?res
g?opolitiques qu'? la difficult? du terrain, qui est le principal attrait pour
les pilotes et les constructeurs. Se composant de 15 grandes ?tapes de pistes
d?aventures, dont 8 (les plus difficiles) se d?roulent habituellement sur le
territoire mauritanien, le rallye Dakar rev?t un int?r?t particuli?rement
important pour ce pays, car les divers reportages diffus?s sur le patrimoine
touristique et culturel mauritanien par les m?dias internationaux au cours du
passage du rallye en Mauritanie? sont d'un apport inestimable pour le pays. La
d?cision d?annulation du rallye "choquante" pour des uns, "frustrante" pour des
autres, intervient dix jours apr?s deux attaques sanglantes perp?tr?es par des
"hommes arm?s non identifi?s" (HANI), provoquant la mort de quatre
touristes fran?ais tu?s pr?s d?Aleg ? 250 km au Sud-est de Nouakchott et,
de trois soldats? mauritaniens tu?s, ?galement, pr?s de la garnison militaire
d?El-Ghelawiya ? 370 km au Nord-est d?Atar. L?appr?ciation de
l??tat d?ins?curit? ambiante en Mauritanie, qui sous-tend la d?cision
d?annulation du rallye, est d?autant plus controvers?e que pr?occupante.
Les d?clarations ?officielles sur la situation
sont rares et pr?tent plut?t ? la confusion quant aux hypoth?ses d?enqu?tes sur
l?identit? des auteurs des deux tueries et sur leurs v?ritables mobiles. Le
"Quai d?Orsay", a publi? jeudi 3 Janvier 2008 un communiqu? (qui demeure en
vigueur) d?conseillant fortement ? tous les Fran?ais de se rendre en
Mauritanie quel que soit? l?objet de leur d?placement, au moment o?
plus de 15.000 touristes europ?ens, constitu?s en majorit? de
ressortissants fran?ais, ?taient providentiellement attendus, en cette saison,
rien que dans la seule r?gion de l?Adrar.
Alors, est-ce que les r?cents attentats en
Mauritanie, la pr?valence de menaces "terroristes" et le sentiment d?ins?curit?
qui en d?coule, signifient bien que l?ex GSPC ou
Groupe Salafiste pour la Pr?dication et le Combat, qui a ?t? ?rig?e en
filiale maghr?bine et rebaptis? Branche d?Al-Qa?da au Maghreb Islamique (BAQMI),
apr?s son all?geance ? Al-Qa?da
m?re, en septembre 2006,
a enfin r?ussi, ? mettre en place des r?seaux "jihadistes" op?rationnels,
suffisamment ?quip?s en armement et en logistique pour ouvrir un nouveau front
dans notre pays? Ou bien, s?agit t-il, d?un autre malheureux sc?nario
politico-militaro-s?curitaire, v?h?ment orchestr? pour brouiller les cartes,
bouleverser l?ordre des priorit?s d?un gouvernement certes d?mocratique mais
fragile, sugg?rer des agendas particuliers malveillants, internes et/ou externes
et compromettre gravement, au risque et p?ril, ?la stabilit? combien vuln?rable
de ce pays? Ou bien encore, s?agit-t-il d?une
tentative rompue pour compromettre la neutralit? de la Mauritanie dans le
conflit du Sahara occidental sous la pression certains de ses voisins?
Al-Qa?da a-t-elle r?ussie ? atteindre son ambition strat?gique de puiser dans
l'immense r?servoir de frustration politique et de col?re populaire g?n?ralis?e,
contre une politique ?trang?re am?ricaine de plus en plus radicale et p?rilleuse
dans un monde musulman en pleine effervescence, pour embrigader des milliers de
jeunes gens en mal de vivre et sans issues ? l?horizon autres que de s?embarquer
dans les pirogues de la mort pour rejoindre l?autre rivage europ?en de la
M?diterran?e?
?Est-ce que l?internationale islamiste du "Jihad" est entrain de d?localiser son
potentiel de nuisance de la r?gion de l?Orient musulman (Asie et Machrek arabe)
pour trouver refuge et soutien dans un Sahel qui, ?cologiquement et
?conomiquement d?labr? et laiss? pour compte, ?semblerai devenir un nouvel
"Eldorado" pour le "terrorisme", o? le d?sert constitue un v?ritable sanctuaire
pour abriter les activit?s les plus violentes, notamment dans ce no man?s land
du Nord et du Nord-est mauritanien o? les trac?s des fronti?res de la
Mauritanie, de l?Alg?rie et du Mali se perdent immuablement dans l?immensit?
impitoyable du sahara pour constituer un v?ritable "paradis" sah?lo-saharien
pour toutes sortes de trafics contrebandiers et illicites: armes ? feu,
cigarettes, drogues, etc.??
Ce d?sert indomptable qui, pourtant avait connu un pass? jadis radieux par les
grandes exp?ditions almoravides et leur rayonnement culturel et spirituel
atlantique et m?diterran?en, servait depuis quelques temps d?j? de camps de
regroupement, de repli et d?entra?nement pour les "Moudjahidines" d?Al-Qa?da
avant d'?tre envoy?s sur les diff?rents fronts "islamiques" de combat en
Tch?tch?nie, en Irak, en Pakistan, en Somalie, etc., ce d?sert, dis-je, est-t-il
aujourd?hui en passe de devenir un th??tre de bataille pour mener sur place des
op?rations violentes directes ? caract?re "terroriste" contre des objectifs
strat?giques ou tactiques cibl?s par Al-Qa?da en Mauritanie?
S?agit t-il d?une habile man?uvre g?opolitique pour d?tourner l?hypersensibilit?
de l?opinion publique mauritanienne contre la participation officielle du pays
aux man?uvres militaires du "Flintlock" ou Pistolet ? pierre?? Cette op?ration
qui avait impliqu? plus de 1000 ?l?ments des forces sp?ciales am?ricaines, dans
le cadre du Plan Pan Sahel pour pr?parer la "Transaharian ?Counterterrorism
?Initiative" comme bras arm? des Us dans le d?sert ouest africain?
Quel est cet ?ventuel r?le, qualifi? d?important? qui serai confi? s?emble t-il
? la Mauritanie, pour intensifier davantage sa coop?ration militaire avec les
Etats-Unis? apr?s la cr?ation du?
commandement
militaire
lAfrique, (AFRICOM)?
bas? actuellement ? Stuttgart, en Allemagne, aupr?s du United States
European
Command (USEUCOM), ?qui concentre ses activit?s actuellement sur les pays
africains ayant d?importantes productions ou r?serves de p?trole dans et/ou
autour du Golfe de Guin?e. D?ailleurs, ce Commandement militaire US pour
l?Europe consacre maintenant 70% de son temps aux affaires africaines, alors
qu?elles avaient une part insignifiante encore en 2003.
En
attendant que le nouveau Commandement militaire africain devienne autonome et
s?installe sur notre continent pour ?tre op?rationnel? en 2008-2009, le
commandement militaire US pour l?Europe a d?j? lanc? en 2003 un programme de
contreterrorisme en Afrique de l?Ouest. En mars 2004, des Forces sp?ciales US
ont ?t? directement engag?es dans des op?rations militaires? avec certains pays
du Sahel contre le (GSPC), qui figure sur la liste des organisations terroristes
de Washington. Le Commandement US pour l?Europe a d?velopp? en 2005 un programme
de s?curit? c?ti?re dans le Golfe de Guin?e et pr?voit ?galement la construction
d?une base militaire navale ? S?o Tom? et Principe.
?A
l?heure actuelle, le Commandement militaire US pour l?Europe est entrain
d??tablir des postes d?op?rations avanc?es au S?n?gal, au Mali, au
Ghana et au
Gabon ainsi qu?en Namibie, ? la fronti?re avec l?Angola. Ces "arrangements"
concernent l?am?lioration de pistes a?riennes, le stockage de r?serves de
carburant ainsi que des accords, avec les gouvernements locaux, permettant le
d?ploiement rapide de troupes am?ricaines en cas de besoin pour assurer le
contr?le de la partie occidentale de la route transafricaine du p?trole et les
nouvelles r?serves vitales de p?trole qui y ont ?t? d?couvertes r?cemment.
S?agit- t-il? enfin, de la mal?diction des ressources fossiles qui s?abat ?sur
notre pays au bon mauvais moment, comme si le mal ?tre, la flamb?e des prix des
mati?res premi?res et le ch?mage ne suffisent pas pour supplicier les
populations pauvres de ce pays?? Comment conjurer les d?mons du p?trole? et du
gaz qui ne cessent d?attiser la confrontation ?les int?r?ts conflictuels des
puissances internationales? La Mauritanie serait-elle victime dans la "guerre
secr?te" que se livrent Am?ricains et Fran?ais, qui se disputent le contr?le
politique et militaire de la sous r?gion et des ressources de son sous-sol pour
garantir les flux d'approvisionnement ?nerg?tique des industries de leurs pays
et entretenir leurs images de marques?
De tous les temps, les canons suivent le commerce: les grandes entreprises
p?troli?res occidentales sont prises dans une course effr?n?e pour le p?trole
ouest-africain et r?clament? s?curit? et stabilit?. D?apr?s le Wall Street
Journal, le Commandement militaire US pour l?Europe est en train de travailler
avec la Chambre de Commerce US pour ?largir l?emprise des entreprises
am?ricaines en Afrique dans le cadre d?une "r?ponse strat?gique int?gr?e". Dans
cette course ?conomique aux ressources p?troli?res africaines, les anciennes
puissances coloniales, la Grande-Bretagne et la France, mais aussi la Chine,
sont en comp?tition avec les USA.
D?apr?s le rapport publi? par le Conseil des Relations ?trang?res en 2005 sous
le titre r?v?lateur "Plus que de l?humanitarisme: une approche strat?gique US de
l?Afrique ou "More Than Humanitarianism: A Strategic U.S. Approach Toward Africa",
l?Afrique subsaharienne est susceptible de devenir ? la fin de la d?cennie, une
source d?importations ?nerg?tiques US aussi? importante que le Moyen-Orient.
L?Afrique de l?Ouest dispose de quelques 60 milliards de barils de r?serves
p?troli?res av?r?es. Son p?trole, ? faible teneur en soufre, est un brut doux
fort appr?ci? par l??conomie et les industries am?ricaines.
L?escalade de la pr?sence militaire am?ricaine en Afrique est fr?quemment
justifi?e par la n?cessit? de combattre le terrorisme et de contrer une
instabilit? croissante dans la r?gion p?troli?re de l?Afrique subsaharienne. Les
think tank am?ricains pr?voient que 1 baril de p?trole sur 5 entrant dans le
circuit ?conomique mondial dans la deuxi?me moiti? de cette d?cennie viendra du
Golfe de Guin?e et que la part? provenant du Golfe de Guin?e dans les
importations am?ricaines passera de 15 ? 20 % en 2010 et ?
25% en 2015. Le
Nigeria fournit d?j? 10% du p?trole import? par les USA. L?Angola en fournit 4%
et sa part devrait doubler d?ici la fin de la d?cennie. La d?couverte de
nouvelles r?serves importantes, notamment au Ghana et l?expansion de la
production p?troli?re sont en train de faire d?autres pays de la r?gion des
exportateurs importants de p?trole. Il s?agit de la Guin?e ?quatoriale, de S?o
Tom? et Principe, du Gabon, du Cameroun, de la Mauritanie, du Tchad et du
Soudan.
D?j? en 2002,? le
"National Security
Strategy of the United States"
d?clarait que? le combat
contre le terrorisme mondial"
et la n?cessit? d?assurer la s?curit? ?nerg?tique des USA requ?raient des USA
qu?ils augmentent leur engagement en Afrique et appelaient ? une
coalition volontaire " pour
?tablir des arrangements s?curitaires sur ce continent.
Beaucoup d?eau a coul? sous les ponts depuis ces ann?es o? certains
"contrebandiers" sah?liens avaient braqu? un groupe de retardataires de la
caravane du rallye Dakar en 1999, ou quand le GSPC de Moctar Belmoctar avait ?t?
cit? par la DGSE et la CIA lors de l'annulation des ?tapes nig?riennes du rallye
en 2000, puis, intervient l?enl?vement des 32? touristes allemands et
autrichiens en Alg?rie, par "Amara Saifi", alias Abderrezak "el Para" en f?vrier
2003, ou encore, lorsque les 10?me ?et 11?me ?tapes du
rallye entre N?ma en Mauritanie et Bobo-Dioulasso au Burkina, en passant par
Mopti au Mali, ont ?t? annul?es en janvier 2004 sous les menaces de groupes "terroristes" op?rant dans la zone frontali?re entre l'Alg?rie, la
Mauritanie et
le Mali.
Mais, il semblerai qu?un acte comme la publication en juillet 2004 d?un
communiqu? attribu? ? "Al-Zarkawi", ex patron de la filiale irakienne
d?Al-Qa?da, mena?ant la Mauritanie de repr?sailles, avait mis in?luctablement ce
pays dans la ligne de mire de la n?buleuse "Al-Qa?da".
?Par la suite, l?attaque de "Lemgheity"? le 4 juin 2005, apporta au moulin son
lot d?inqui?tude mais aussi d?incertitude. Lorsqu?une unit? de l'arm?e
mauritanienne d?ploy?e dans le Nord-est du pays ? quelque 150 km de la fronti?re
avec le Mali, a ?t? attaqu?e, entra?nant 15 morts, 17 bless?s et 2 disparus, ?la
th?se du gouvernement mauritanien sur les faits, imputant la responsabilit? au (GSPC),
avait laiss? sur sa faim l?intelligentsia mauritanienne malgr? que l'opposition,
dans toutes ses composantes, avait march? pour condamner l'agression. Le
scepticisme de l?opinion publique nationale quant ? l?implication du (GSPC) dans
cette op?ration l?emporta. On soup?onnait l?ancien pr?sident Ould Taya d?agiter
la menace terroriste pour justifier les pr ivations de libert?
de ses concitoyens et sugg?rer les r?compenses d?une lutte anti-terroriste ?qui
?t? bien r?mun?r?e par les puissances occidentales. A l??poque,
les affirmations selon lesquelles des groupes
"terroristes" dans la r?gion du Maghreb re?oivent des instructions
op?rationnelles et de l'aide financi?re d'Al-Qa?da m?re, dont le directoire se
trouve en Afghanistan et au Pakistan, semblaient peu probables. La plupart des
observateurs pensaient que ces hypoth?tiques? liens seraient plus de nature
id?ologique qu?op?rationnelle.
Les id?es du chef de l?ex (GSPC) et ?mir de la zone du Sud d'Alg?rie "Moctar
Belmocar"? Dit? ?Belawer?? alias "Khaled Abou Al Abbas? ?taient? suffisamment
claires pour? pr?sager sur une ?volution dramatique de la situation d?ins?curit?
croissante dans notre pays et dans la sous r?gion. Le GSPC avait revendiqu?
l?attaque de "Lemgheyti" en appelant ? chasser les am?ricains de la r?gion du
Sahel et freiner? leur forte pr?sence militaire de plus en plus signal?e ?
Gao
au Mali, ? Agadez au Niger et dans la r?gion de Nema en Mauritanie.
N?anmoins, les perspectives de croissance d?une activit? "terroriste" dans notre
pays qui ont ?t? jug?s r?elles depuis quelques ann?es d?j?, car la premi?re
annonce publique de la pr?sence du mouvement "Salafiste jihadiste" en Mauritanie
remonte ? l?ann?e 1994, la Mauritanie officielle a toujours maintenu un profil
bas face ? cette grave menace. La tendance a toujours ?t? la recherche ? faire
valoir? les ?l?ments qui ont contribu?, jusqu?ici, ? endiguer la mont?e de
l'extr?misme dans ce pays. L?invocation de facteurs socioculturels importants
comme l?organisation sociale domin?e par le tribalisme, le r?le jou? par les
confr?ries soufies, la r?sistance inn?e des Mauritaniens ? l?islam import?,
etc.?, avait plut?t pr?value ? l?id?e d?analyser objectivement et d?agir
adroitement, en temps opportun,? pour d?samorcer les vecteurs qui contribuent ?
la propagation de l'islam politique radical dans notre pays.
?En Mauritanie, comme partout ailleurs en terre d?Islam, c'est un amalgame
d'injustice sociale et politique criante et d??chec des politiques ?conomiques
et sociales inad?quates qui? nourrit la d?rive du terrorisme. En Mauritanie,
comme ailleurs dans d'autres parties du monde musulman, l'invasion am?ricaine de
l?Afghanistan, de l'Iraq, de la Somalie (par l?Ethiopie interpos?e) et le parti
pris injuste des USA dans le conflit isra?lo-palestinien constituent d?autres
propulseurs pour la prolif?ration d?un extr?misme islamique mondialis?, exalt?
par les effets pervers d?une technologie m?diatiques qui dope, en temps r?el,
les masses de ?jeunes musulmans infortun?s en reproduisant? les valeurs
id?ologiques de la culture de la violence sous forme de gadgets audiovisuels
d?imagerie num?ris?e ? haut d?but (Web, TV, CD, DVD,
MP3, etc.?),
Malgr? que l??volution ?tatique de la Mauritanie? a toujours ?t? profond?ment
marqu?e par la fluctuation des relations internationales et par le poids,
souvent p?rilleux, de la g?opolitique durant ses 47 ann?es d?ind?pendance, ce
pays brille aujourd?hui par l?absence? de toute structure organique de s?curit?
et de d?fense nationale v?ritablement capable de prendre en charge les d?fis aux
quels il se trouve confront? aujourd?hui et, moins encore d??tre apte ? proposer
des solutions et des alternatives coh?rentes.
La Mauritanie n?est pas le Maroc ou l?Alg?rie. Avec ou sans les menaces
d?Al-Qa?da, notre pays ne poss?de pas d?option s?curitaire nationale contre la
menace "terroriste" quelque soit son origine. Les errements de l?enqu?te sur le
dossier de la coca?ne "a?roport?e" en est la preuve irr?futable. La
Mauritanie
n?a, tout simplement, jamais d?velopp?e une telle strat?gie. Un demi-si?cle
durant, ?aucune volont? politique r?elle n?a vu le jour pour prendre en charge
une telle responsabilit? comme ?tant un r?el besoin pour la p?rennit? de l?Etat
mauritanien.
Quelque soit les larmes de crocodiles et les lamentations d?indignation ?rig?es
en mode d?all?geance politique en vogue actuellement, il faudra se rendre ?
l??vidence pour reconna?tre que notre pays ne dispose malheureusement d?aucune
doctrine de s?curit? nationale et moins encore de strat?gie solidement ?difi?e
pour la s?curit? humaine de la nation. La notion de la s?curit? nationale est
rest?e un terme vague aux connotations d?pr?ciatives et son interpr?tation
politique avait donn? lieu ? toutes sortes d?abus m?prisables. Longtemps, les
fonctionnalit?s et les structures d??tat attribu?es au secteur de la s?curit?
ont ?t? confin?es dans le noyau dur d?un appareil r?pressif et discr?tionnaire
qui n?avait qu?une seule fonction ? remplir: prot?ger le pouvoir contre
le peuple.
Les dispositifs humains, mat?riels et logistiques des m?canismes de
s?curit?-d?fense et leur niveau d?op?rationnalit? n?ont, ? aucun moment, ?t?
constitu?s, mobilis?, organis?s et red?ploy?s ? une ?chelle proportionnelle aux
besoins strat?giques de l??tat mauritanien. La responsabilit? de la prise en
charge des r?alit?s sociales, ?conomiques et? politiques et des contraintes
nationales humaines, naturelles, g?ographiques, g?opolitiques, dans un processus
logique assurant la s?curit? humaine de la r?publique et sa d?fense, apte ?
r?pondre, en cas de besoin, ? des menace s?rieuses comme le crime organis?, le
terrorisme, les trafics illicites, l?migration, etc.?, a tout simplement ?t?,
dans le meilleurs des cas, une question n?glig?e.
Cet ?tat cruellement d?plorable de la r?alit? d?ficiente des politiques de? la
s?curit? - d?fense dans notre pays ne doit nullement justifier un quelconque
empressement pour enr?gimenter le pays dans tel ou tel dispositif?
militaro-s?curitaire ??tranger qui demeurera contest? et contestable aux yeux de
l?opinion publique nationale ?et par la classe politique int?gre de ce pays.
?Aujourd?hui, les politiques de s?curit? et de d?fense de la r?publique ainsi
que la conduite de sa diplomatie ? l??chelle internationale, qui constituent les
facteurs d?terminant pour notre condition d?existence et nos rapports avec les
autres, sont appel?es, plus que jamais, ? changer de perspective et ? r?nover.
Une v?ritable r?forme de ces politiques touchant aussi bien le fond que la forme
ne peut plus tarder. Il est temps que les dossiers de la s?curit? / d?fense de
notre pays cessent de privil?gier exclusivement la s?curit? du territoire et du
pouvoir au d?triment de la s?curit? de l?Homme, pour placer d?sormais, le
citoyen, ses aspirations pour un d?veloppement durable et ses int?r?ts?
l?gitimes comme point de r?f?rence pour toute action publique future en la
mati?re.
La 3?me r?publique a promptement besoin d?op?rer une r?forme d??tat en
profondeur permettant un r?-engineering id?ologique, ?strat?gique et
institutionnel de ses principales fonctionnalit?s. Cette d?marche devrai
d?boucher sur la cr?ation d?un conseil national de s?curit? et d?un syst?me
"op?rationnel" de coordination? g?n?rale des politiques publiques
civilo-militaires
avec une m?ticuleuse composition intellectuelle et professionnelle
multidisciplinaire. Dans ces laboratoires d?id?es et de d?cisions, les approches
et les options de politiques int?rieure, ?trang?re et de s?curit? /d?fense
seront scrupuleusement initi?es, confront?es et corrobor?es par la divergence
des doctrines et la multiplicit? des exp?riences de la cr?me de l?intelligentsia
nationale qui veille sur le bon fonctionnement de ces institutions. Apr?s
arbitrage, au niveau du gouvernement et du chef de l?Etat en dernier recours,
les solutions les plus adapt?es et les plus rationnelles qui seront retenues
sont ins?r?es dans une ligne politique coh?rente dont l?ex?cution est assur?e
par les administrations et les services publiques civiles et militaires ainsi
que par leurs repr?sentants aussi bien ? l?int?rieur comme ? l?ext?rieur du
pays.
Avoir une d?mocratie bariol?e, pluraliste avec des ?lections "quasiment"
transparentes est incontestablement un bon d?part. Avoir des partis politiques,
anciens, nouveaux et flambant neuf, qui ne se soucient que de la manie du
pouvoir et de ses parures, n?est certainement pas la bonne finalit? du parcours.
La vie d?une nation ne peut pas s?arr?ter ? une situation fig?e. L?effort
continu de discernement des exigences qui affectent nos rapports internes et
externes devra ?tre poursuivi ?sans rel?che pour cerner et d?fendre l?int?r?t
supr?me de la nation.
?Mais, il ne s?agit pas de nourrir des illusions. Dans la comp?tition
internationale, accentu? par les impitoyables ph?nom?nes de la globalisation, la
nation qui ne man?uvre pas bien est, aussit?t domin?e par la man?uvre d?une
autre.
Mohamed Saleck Ould Brahim
Chercheur, Centre Mauritanien de Recherches sur le D?veloppement et le Futur /
Nouakchott.
Mohamed Saleck Ould Brahim:Via POINTS CHAUDS
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